La Mode ! & La Mode 2 !

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MANIFESTE DE LA MODE DANS LES BOUCHES-DU-RHONE EN 6 POINTS

1.- Maryline ou la force d’une idée…

Mai 1986. Gaston Defferre est mort, Robert Vigouroux lui succède. Une aube nouvelle se lève sur  Marseille qui est  à réinventer. La vieille cité en crise perd des habitants et se réduit au port, à l’agroalimentaire et à la pétrochimie. Elle n’a presque plus de ressorts et son image, accablée par le génie de Pagnol, est sa propre caricature. Un rebond est possible, mais comment ?  Maryline Bellieud-Vigouroux, épouse du nouveau maire, a une idée : doter la filière mode-habillement de véritables structures. Objectif : relancer ce secteur d’activité, au même titre que les industries traditionnelles, l’ensemble étayé par un programme de développement et de soutien aux jeunes créateurs. Deux ans plus tard, avec ce qu’il faut de ténacité et le soutien de Mme Edmonde-Charles-Roux, d’Azzedine Alaïa et de Pierre Bergé notamment, la démarche aboutit à la création de l’Institut Mode Méditerranée (IMM). On va enfin pouvoir décentraliser la mode et insérer Marseille dans une dynamique économique et culturelle.

Depuis, le succès de la mode made in Marseille ne s’est jamais démenti. En 1989, l’ouverture du Musée de la Mode et la création en 1993 de l’Espace Mode Méditerranée, au 11 la Canebière, témoignaient d’un jeu d’échos qui se prolongent encore aujourd’hui, avec l’attrait de la nouveauté, de la passion, et du professionnalisme.

2.- Une terre inspirante

La mode, comme la peinture, s’inspire de la nature qui recèle toutes les formes de l’art. Des similitudes sont saisissantes. On retrouve parfois trait pour trait le même motif sur la toile que sur une robe. Et d’autres équivalences existent. Ainsi le rapprochement entre Van Gogh et Christian Lacroix, s’il est osé, est néanmoins tentant. Le premier, attiré par la lumière du Sud, rejoint le second natif d’Arles. De cette parenté solaire naissent des œuvres parallèles, qui inscrivent un territoire dans l’histoire des deux disciplines artistiques. Ce n’est pas un hasard si Lacroix, pour son premier défilé, prend pour thème la Camargue. Cette adhésion au « pays » se justifie par la diversité des paysages où, des Saintes-Maries de la Mer à Marseille en passant par Aix et La Ciotat, toujours le soleil flamboie. C’est l’humeur du promeneur qui détermine cette portion de Provence : d’un site à l’autre, sa réalité se démultiplie. Où les lumières et les reflets colorent les ombres, y jetant des nuances délicates. Pas étonnant que l’art de peindre rejoint ici l’art de carder, de filer, de broder, d’associer les étoffes qui s’harmonisent. Pérennité d’une longue tradition de création qui fait de cette région, ouverte sur la Méditerranée, un carrefour de la Mode et de métissage culturel.

3.- L’essor d’une formation de haut niveau

Les métiers de la mode ont beaucoup investi dans la formation. L’un des premiers mérites de cet ensemble est d’avoir su aborder un tel sujet avec toutes ouvertures désirables. Le monde change, le savoir-faire évolue : il faut s’adapter au profil des nouvelles connaissances professionnelles et aux tendances du marché. Pour plus d’efficacité et viser le haut niveau, une structure nouvelle, la Maison de la Formation, fruit de la fusion entre la Maison Méditerranéenne des métiers de la mode (MMMM) et Aix-Marseille-Université (AMU), alterne formation théorique et savoirs techniques. Le recrutement se fait aujourd’hui au niveau licence et master. Avec leur diplôme, les élèves peuvent travailler à l’international, externaliser leurs productions sur le Bassin méditerranéen. C’est là un résultat remarquable. Le lancement Master 1 des métiers de la mode et du textile en octobre 2011, qui accueille 20 étudiants, prolonge la licence professionnelle Gestion et développement des produits de la mode à Aix-en-Provence. Un Master 2, ouvert en 2012, atteste le principe d’une formation continue.  Ainsi est-on passé, de 120 demandes pour 25 places, à 700 aujourd’hui !

4.- Des créateurs qui « boostent » la Mode made in Marseille

« Une mode qui ne descend pas dans la rue n’est pas une mode. » Cet aphorisme de Coco Chanel  est une réalité marseillaise. Depuis plus d’une trentaine d’années, des marques locales, souvent originales, parfois personnelles, sont toujours intéressantes à suivre dans leur évolution. L’élan a été donné au début des années 1980, avec l’émergence sur la scène locale des créateurs inspirés du cours Julien : Diable Noir et Casablanca (implantés aujourd’hui rue de la Tour), et surtout  Zaza of Marseille qui, dès 1975, sous l’impulsion de Marisa Laurens et Philippe Adrien, conceptualisent leur démarche corrélée à la cité phocéenne et s’installent, à la fin de la décennie, sur le « Cours Ju ».Dans un même ordre d’idées, l’apport de la griffe Sessun d’Emma François, quintessence de la féminité élégante et active est apprécié, tandis que Nicolas Douyer lance la marque Tchéka dont la production est distribuée en France et à l’étranger. Dans ce monde foisonnant de créateurs, le nom de Fred Sathal, seule Marseillaise à défiler avec la Haute Couture parisienne, se détache brillamment. Par sa personnalité et ses expositions, elle a fait des émules. C’est toute légion de petits créateurs qui suivent aujourd’hui les sillons tracés par ces pionniers. Une poignée de passionnés qui « boostent » la Mode made in Marseille.

5.- Marques leaders : atout… va le succès !

Des marques leaders dont nous avons cité quelques noms, et auxquelles on ajoutera ceux  d’American Vintage, de Kulte et de Gas (liste non exhaustive), font rayonner le territoire. Tous ces  créateurs ont un point commun : ils positionnent Marseille et les Bouches-du-Rhône en métropole euroméditerranéenne de la mode, l’industrie textile générant 19 000 emplois. On imagine la somme d’efforts, d’investissements et de patience cumulés, car rien n’est facile. Ce qui compte avant tout, au-delà de la passion d’inventer, de créer, c’est la compétence qui fait une réputation, c’est la consécration d’une notoriété reconnue par l’expérience. L’exigence de qualité est subordonnée à l’essor des marques leaders, tant sur le territoire que dans la zone euroméditerranéenne. Les colloques, rencontres et show-rooms favorisent les contacts avec l’Espagne, l’Italie et la Grèce, le Maghreb, l’Egypte et le Liban, et offrent l’opportunité de se renforcer dans les produits et le développement. Tisser des liens, nouer des partenariats, savoir sentir et deviner les moments d’une évolution, préjuger des goûts, sont les atouts qui assurent le succès.6.- Shopping et flânerie urbaine

Marseille est devenue une ville de mode et pas seulement une ville à la mode. Il suffit de promener pour le constater. Rythmé par la flânerie, le parcours s’effectue lentement. Ouvrir les yeux, prendre son temps, ne rien brusquer. On croise ou coudoie celles et ceux qui, au même moment, se dirigent vers les boutiques nombreuses et variées. Et le shopping devient plaisir partagé. Le charme d’un lieu émane aussi du dédale de rues bordées de cafés, d’épiceries fines, et de restaurants. Pour tous les goûts, toutes les bourses. Tables italiennes, pubs irlandais, pizzérias siciliennes, saveurs ibériques, sushis japonais, kébabs maghrébins : c’est Marseille ville-monde. Le charme s’accentue lorsque la rue de la Tour, qui relie l’Opéra au Palais de la Bourse propose d’adopter un nouveau « look » quand vous passez devant des enseignes connues et courues : Casablanca, Donna, La Diva, La Griffe Mesur, Diable Noir, Filles de lune, La Sardine à paillettes… Avant d’arpenter « Saint-Fé », on s’offre un verre à une terrasse. Et l’on reprend la déambulation pour se retrouver rue Grignan, puis rue Paradis où l’on vous habille de pied en cap… Avant de poursuivre cette balade des gens heureux vers d’autres lieux, tout vous interpelle, vitrines, décorations, vêtements, tissus aux coloris chauds, et jusqu’à l’architecture dont les styles mêlés nous renvoient au melting-pot marseillais, reflet des arts de la rue et de la mode.  Allez, laissez-vous happer par l’insolite. Et vive Marseille !

Béatrice CHAKRA – Tous droits réservés – 2013.

(C) Maison Mode Méditerranée

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